Marshall Rosenberg : Communication non violente – Partie 1

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Vidéo retranscrite par Guillaume

Marshall Rosenberg : Laissez-moi tout d’abord vous définir quel est l’objectif de la communication non violente. L’objectif est de vous aider à faire quelque chose que vous savez déjà faire.

Alors vous allez me dire : mais pourquoi apprendre quelque chose que l’on sait déjà faire ? Parce que parfois on oublie et puisqu’on a été éduqué à l’oublier. Alors de quoi s’agit-il ? Que savez-vous déjà faire ?

Il s’agit de nous aider à nous rencontrer pour faciliter ce que j’appelle le don naturel entre nous, [il répète] le don naturel entre nous. Laissez-moi vous chanter une chanson pour clarifier ce que j’entends par don naturel.

Chanson :
Rien ne me comble plus que lorsque je te donne
Si tu savais la joie que je ressens de prendre soin de toi
Je ne te donne pas dans l’espoir de recevoir
Mais pour vivre l’amour que je ressens pour toi.

Recevoir avec grâce et légèreté
est peut-être le plus beau des dons
Il m’est impossible de dissocier donner et recevoir
Quand tu me donnes, tu reçois de moi
Et quand je te donne, je me sens tellement comblé

Communication non violente avec Marshall Rosenberg en français 1

Marshall Rosenberg : Vous savez tous donner de cette manière. Et c’est ce qui m’intéresse aujourd’hui. Restez dans cette qualité d’échange de don, moment après moment, à chaque rencontre.

Mais nous savons aussi qu’il est très facile de l’oublier. Il est très facile de perdre cette connexion. Alors plutôt que d’apprécier cette qualité de connexion, ce qui est possible à chaque moment, à chaque rencontre que nous faisons, aussi précieuse soit elle, nous oublions.

Et au lieu de jouer au jeu dont je parle dans la chanson, que j’appelle Rendre la vie merveilleuse, le jeu le plus fun que je connaisse, au lieu de ça, la plupart du temps, nous jouons un autre jeu qui s’appelle Qui a raison ? Avez-vous déjà joué à ce jeu ? [rires]

Pourtant, c’est un jeu où tout le monde perd. C’est incroyable. Nous connaissons tous cette qualité d’échange, possible à chaque instant. Nous trouvons que c’est la chose la plus enrichissante qui soit, et une grande partie de notre vie, nous jouons à Qui a raison ?

Le jeu Qui a raison implique 2 choses parmi les plus sournoises que l’homme ait rencontrées.

Numéro 1 : la punition
Parce que si vous avez tord à ce jeu, vous méritez de souffrir. Pouvez-vous imaginer quelque chose de plus terrible, de plus diabolique pour éduquer les gens ?

Si vous accordez encore de la valeur à la punition, je suis presque sûr qu’à la fin de cette journée, elle ne fera plus partie de votre conscience. Nous ne le ferons plus dans les familles, ni pour les criminels.

Nous trouverons d’autres moyens pour gérer nos relations avec les autres pays. Plus de punition.

Numéro 2 : la récompense.
Ca fait partie du même jeu. Le jeu de Qui a raison. Si vous avez raison, vous méritez une récompense, si vous avez tord, vous méritez de souffrir.

Ce jeu a engendré bien assez de violence sur la planète. Fini le sentiment de culpabilité qui fait partie des punitions. De même que la honte. Plus de concept d’obligation ou de devoir, seulement le don naturel.

Alors comment en sommes-nous arrivés là ? Selon Walter Wink le théologien, dans son livre The powers of that be, nous nous sommes écartés progressivement de ce don naturel il y a environ 5000 ans.

Nous avons progressivement adhéré à une pensée complètement folle. La pensée que par nature l’être humain est malfaisant. Alors quand les choses ne vont pas dans votre sens, quel est le processus correctif que vous allez adopter pour améliorer les choses ?

Le processus correctif est la pénitence. Vous allez croire que pour faire changer les gens qui se comportent d’une façon que vous n’aimez pas, il faut qu’ils se détestent eux-même pour ce qu’ils ont fait.

Alors pour des raisons politiques, théologiques, nous avons développé un langage, un langage que j’appelle le langage du chacal. Un langage qui nous coupe de la vie et rend le recours à la violence plus facile. Il devient même très facile d’être violent.

D’après Walter Wink, dans une culture de domination, vous devez rendre la violence agréable, divertissante. Et on fait du bon boulot pour faire de la violence un divertissement. Aux heures où nos enfants regardent le plus la télévision, dans 3/4 des programmes, le héros soit tue quelqu’un ou le tabasse.

Et la violence coïncide avec les moments clés du programme. Et depuis très longtemps, nous avons été éduqués à faire de la violence un divertissement. Je pense que le thème de ma chanson est bien plus proche de notre vraie nature.

Et nous avons été éduqués dans ce sens à tel point que nous pouvons être violents avec nos propres enfants. Alors, à quoi ressemble ce langage que j’appelle le langage du chacal.

C’est un langage basé sur des jugements issus d’une morale. Nous pensons en terme de Qui a raison ? Qui a tord ? Qui est bon ? Qui est mauvais ? Alors comment fait-on en langage chacal pour provoquer un changement ?

Communication non violente avec Marshall Rosenberg en français 1 - 7_47

Marshall Rosenberg : Regardez comment un parent s’y prend pour faire changer le comportement de son enfant, en lui apprenant un des mots les plus importants du mot chacal :
– Dis-moi que tu es désolé.
– Je suis désolé.
– Tu n’as pas l’air vraiment désolé.
– Je suis désolé.
– Ok, je te pardonne

Rendez-vous compte du jeu, de la façon dont le parent répond. Si le parent est capable de faire ça avec sa propre famille, alors imaginez ce qu’il va faire avec des gens d’une culture différente, dont il n’apprécie pas le comportement.

Alors bien sûr, là où ce genre de pensées existe, il y aura de la violence. Dans d’autres cultures, ce mode de pensées n’existe pas. Et la violence est bien moins importante. Et voilà comment nous nous sommes éloignés de notre vraie nature.

Au lieu de jouer un jeu consistant à rendre la vie plus merveilleuse à chaque moment, nous avons été éduqués à jouer un autre jeu, le jeu de Qui a raison. Quelles sont les différentes parties de ce jeu ?

Je viens d’en mentionner une : les jugements issus d’une morale, pensée en terme de qui a raison, qui a tord, bon, mauvais, normal, anormal. J’ai très bien appris ce jeu. Je parle plusieurs dialectes chacals. J’ai grandi à Détroit.

On y parle un langage chacal plutôt dur, le chacal de Détroit. Alors par exemple, dans ma voiture, je vois quelqu’un qui conduit d’une façon que je n’apprécie pas, et je veux provoquer un changement dans son comportement, je baisse ma vitre : « Abruti ! »

Alors théoriquement, la personne est supposée se repentir. [rires]
– Je confesse, monsieur, j’étais dans mes tords. Je vais modifier les erreurs de mon comportement.

C’est une belle théorie, mais cela n’a pas marché. Je l’ai essayé bien plus d’une fois, cela ne marche pas. Je me suis dit, c’était peut-être ce dialecte de chacal en particulier qui ne marchait pas. Alors j’ai décidé d’apprendre un dialecte plus cultivé.

Je suis allé à l’université et j’ai eu un doctorat en chacal professionnel. Quand je vois quelqu’un conduisant d’une façon que je n’aime pas, je baisse ma vitre : psychopathe !

Ca ne marche toujours pas. Voyons maintenant la deuxième composante de ce langage : Amtsprache. Un langage qui nie la possibilité de choisir, qui rejette la responsabilité de nos actions. Ayant lu le procès du criminel nazi Adolphe Eichmann, à son jugement pour crimes de guerre à Jérusalem, on lui a demandé : était-il difficile d’envoyer des milliers de personnes à la mort ?

Eichmann a alors répondu : pour vous dire la vérité, c’était facile. Notre langage l’a facilité. Les personnes qui l’interrogeaient ont été choquées par cette réponse. Ils lui ont alors demandé : mais de quel langage parlez-vous ? Eichmann a alors dit : nous avons un nom pour ce langage : Amtsprache. Amt veut dire bureau. Sprache veut dire langage.

Je l’appelle langage bureaucratique. On lui a alors demandé de donner des exemples. Eichmann a dit : c’est un langage qui nie la responsabilité de vos actions. Si quelqu’un vous demande pourquoi vous l’avez fait, vous dites : je devais le faire. Vous ne vous sentez pas aussi mal à l’aise. Vous deviez le faire. Vous ne vous sentez pas responsables.

Mais pourquoi tu devais le faire, chacal ? Ordre des supérieurs ? Politique de l’entreprise ? C’est la loi ? – Je ne pouvais pas faire autrement. Ils me l’ont fait faire.

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Marshall Rosenberg : Amtsprache est un langage très dangereux, très dangereux. J’utilise l’image de la girafe comme symbole de la non violence. Nous allons étudier aujourd’hui un langage qui vient du coeur.

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Liens

Marshall Rosenberg

Livre :
Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la Communication Non Violente

Anneliese Tschenett
Pour cultiver la non violence, si vous souhaitez être accompagné
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